En cliquant sur les onglets ci-dessus, vous pourrez retrouver les souvenirs de la venue de Michel Butor à Mons-en-Barœul le samedi 5 mars 2011 (Le retour dans sa maison natale, l'hommage à la Maison Folie du Fort de Mons et des moments émouvants avec notamment un vivat flamand et la découverte de l'iPad lors d'un repas à l'Hamadryade de Villeneuve d'Ascq). Le samedi 5 mars après midi Michel Butor a inauguré au musée Sandelin à St Omer une exposition qui lui était consacré (onglet St Omer). Nous avons ajouté les émotions du 18 mai 2012 à Mons (restaurant du Fort, découverte de la bibliothèque et vernissage dans la salle d'exposition du fort) et le lendemain lors d'une visite privée au musée de la piscine de Roubaix et son intervention à la médiathèque l'Odyssée à Lomme. Merci au groupe des amis de Michel Butor qui a permis à Michel Butor de retrouver sa ville natale.

Disparition


L’écrivain Michel Butor, figure du Nouveau Roman, est mort

Michel Butor est mort le matin du mercredi 24 août 2016 à l’hôpital de Contamine-sur-Arve, en Haute-Savoie, non loin de son domicile, a annoncé au Monde sa famille. René de Ceccatty, Journaliste au Monde


Michel Butor, le 5 décembre 1964, à Paris

Comme pour se défendre des dimensions assez exceptionnelles de son œuvre et de sa variété, avec une place considérable laissée à la critique et à l’analyse des classiques, Michel Butor disait, en se distinguant des autres écrivains du Nouveau Roman :
« J’étais le seul professeur. J’étais constamment obligé, par honnêteté, de situer ce que j’écrivais ou ce qu’écrivaient les autres par rapport à ce qui avait eu lieu auparavant et à la situation générale où nous apparaissions. J’espère avoir apporté quelques nouveautés. Mais je crois avoir apporté beaucoup plus de nouveauté après ma période romanesque que pendant cette même période. Si j’ai apporté quelque chose de nouveau, c’est que j’ai été entraîné par l’élan de nouveautés qui vient du fond des siècles. »

C’était à l’occasion du centenaire de la mort de Jules Verne, l’un de ses multiples « interlocuteurs » :
« J’ai été très critiqué dans ma vie de tous côtés. J’ai beaucoup scandalisé. J’ai donc eu besoin de complices. Les contemporains ne me suffisaient pas. Certains m’ont aidé, mais c’était insuffisant. J’avais besoin de répondants “beaucoup mieux placés”… C’est pourquoi j’ai écrit tant d’essais critiques. »


Son appartenance à « l’école du regard »

S’il ne fait aucun doute que Passage de Milan (Minuit, 1954), L’Emploi du temps (Minuit, prix Fénéon, 1956) et surtout La Modification (ibid., prix Renaudot, 1957), dont la narration à la deuxième personne du pluriel aura bien des imitateurs, marqueront définitivement l’histoire du roman français et justifient pleinement l’appartenance de Butor à « l’école du regard », il est aussi évident que l’écrivain échappe rapidement à toute classification réductrice.
Poète, à la différence de ses confrères les plus célèbres (Claude Simon, Nathalie Sarraute, Alain Robbe-Grillet), il poursuit pendant plus d’un demi-siècle une série de publications qu’il regroupe par catégories plus ou moins changeantes et alternées (« Le génie du lieu », « Matières de rêves », « Improvisations », « Illustrations », « Avant-goût », « Répertoires ») dans lesquelles il rend compte de ses nombreux voyages et découvertes, qui lui permettent d’accomplir une véritable description raisonnée du monde, avec quelques points d’attache réguliers.

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Ses visites ou séjours en Egypte, au Mexique, à Venise, aux Etats-Unis, au Japon ont donné lieu à des publications parfois très originales, comme Mobile (Gallimard, 1962) ou 6 810 000 litres d’eau par seconde (ibid., 1963), Transit, livre qui se lit tête-bêche, (Gallimard, 1993) ou Le Japon depuis la France, Un rêve à l’ancre, (Hatier, 1998). C’est par centaines, sinon milliers, que se comptent les ouvrages de Butor, parfois tirés à un petit nombre d’exemplaires, sous forme de livres d’artiste, mais la production n’en demeure pas moins ahurissante.

Comprendre tous les langages

Son insatiable curiosité, son besoin de communiquer avec des artistes vivants et de comprendre tous les langages (musique, photographie, peinture surtout) donnent une allure encyclopédique à ses recherches. Il consacra notamment des études à Mondrian, Vieira da Silva, Giacometti, Rothko, Alechinsky, Barcelo, mais aussi à Delacroix, Rembrandt.

Sans doute, son métier d’enseignant le conduisit-il tout d’abord à voyager, lui insufflant la nécessité de décrire les mondes nouveaux. Paradoxalement, celui qui se fit connaître par quatre romans obsessionnels aux situations étriquées et enfermées (un immeuble, une entreprise, un train, une classe de lycée) devient l’écrivain du voyage et de l’exploration, des grands espaces, des cultures éloignées. Et si on le compare à ses compagnons des éditions de Minuit, on doit admettre cette différence fondamentale. Il est toujours ailleurs.

Peu soucieux de représentation dans un milieu éditorial qui finit par le snober, il suscite de véritables passions, en revanche, chez ses amis artistes et chez les universitaires. Il est couronné d’un certain nombre de prix prestigieux, il publie chez de grands éditeurs.

Mais justement, chez plusieurs, ce qui signifie une lassitude réciproque. Un besoin de liberté. Peu d’écrivains ont accepté autant d’entretiens (notamment réunis chez Joseph K. éditeur, en 1999, en trois volumes, sous le titre Quarante ans de vie littéraire).

Il dialogua également avec André Clavel (Curriculum vitae, Plon, 1996) et avec Carlo Ossola (Conversation sur le temps, La Différence, 2012) et, par correspondance, avec Frédéric-Yves Jeannet (De la distance, Le Castor astral, 2000). Mireille Calle-Gruber entreprit la publication raisonnée de son œuvre à partir de 2006 (pour ses 80 ans) aux éditions de La Différence. Douze volumes, chacun de plus de mille pages en grand format, avaient paru en 2010.

Des études de philosophie

Comme Michel Tournier, Butor a fait des études de philosophie. Secrétaire de Jean Wahl, il était destiné à une carrière classique d’enseignant dans cette discipline, mais son échec à l’agrégation l’oriente vers la littérature.

Il fera une carrière à l’étranger, avant d’entrer en quelque sorte dans les rangs de l’université suisse, à Genève, où, après un séjour à Nice, il donnera des cours intenses jusqu’en 1991. Flaubert, Balzac, Rimbaud firent l’objet d’analyses approfondies dans ses cours, repris dans la série des Improvisations, publiées par La Différence.

Mais, à vrai dire, tout pouvait susciter chez lui un engouement : un herbier, un musée, un atelier, un album de photographies, une ruine, des collages, une œuvre artisanale, un calendrier, une architecture. Tout ranimait le goût de la langue et une sorte de devoir de description inépuisable. Il jouait sur les mots avec gaieté, avec sensualité, mais sans superficialité ; les mots et les langues étrangères ; ce n’était pas plus un poète de l’épanchement lyrique qu’un poète formaliste.

Il écrivait en voyage comme un peintre trace des croquis. Il voulait capter la diversité du monde et des sensibilités qu’il s’appropriait comme une sorte de Zelig ou de Fregoli de la littérature.

A demi retiré en Haute-Savoie dans un grand chalet envahi par ses livres, il avait pris l’apparence d’un sage ermite, d’un patriarche, à la Gaston Bachelard, philosophe avec lequel il avait en commun un peu plus que la silhouette, la barbe et le regard moqueur. Comme l’auteur de L’Air et les Songes, Michel Butor cherchait à définir une poétique généralisée du monde, par toutes sortes de voies d’accès. Car « une des façons les plus importantes d’agir sur la réalité, c’est de passer par le langage », assurait-il au Monde en juillet.


Michel Butor, le 9 mars 2011 à Paris


Plus qu’un simple observateur

Sans doute, il fut de sa génération (qui était aussi celle de Michel Foucault) celui qui mit le plus profondément en cause la notion d’auteur. Sa faculté unique de dialoguer avec les artistes, les poètes, les cultures, les paysages faisaient de lui plus qu’un simple observateur ou qu’un témoin.

Certes, il était troublant de savoir que la narration romanesque avait rapidement cessé de l’intéresser. Même si ses quatre romans demeurent des classiques, ils ne furent rédigés que sur une très brève période, quand il avait une trentaine d’années. Le reste de sa vie fut occupé, peut-on dire, à s’instruire et à instruire les autres.

Il est peu d’exemple d’œuvres aussi humbles devant la tâche d’apprendre et de productions aussi protéiformes. L’ambition ne lui manquait pas, mais l’arrogance en était radicalement absente. Ses innovations furent incontestables dans le roman, mais il ne s’y arrêta pas. Il ne revint jamais dessus, ne les souligna pas. Butor passait toujours à autre chose. Quand on lui demandait d’expliciter ses techniques narratives, il se pliait à la contrainte, mais avec le sérieux un peu détaché d’un critique parlant d’un autre.

Sa propre fertilité rendait également modeste Butor, qui procéda à un choix de ses poèmes (Anthologie nomade, « Poésie », Gallimard, 2004) et organisa plusieurs expositions de ses nombreuses publications à tirages restreints (notamment à la Bibliothèque nationale, qui retraçait ses voyages à travers le monde).

Butor était-il un écrivain pour écrivains ? Nathalie Sarraute, Claude Simon, mais aussi Barthes, Le Clézio ont exprimé toute leur admiration. La littérature faisait, répétait-il, partie de la réalité : elle n’en était pas seulement le miroir révélateur, mais un élément au même titre qu’une ville, un être humain, une rivière ou le ciel.

Il avait, dans le cours de ce dialogue infini, publié au printemps 2016 un Hugo (Buchet-Chastel) et des Ruines d’avenir (Actes Sud/Ville d’Angers), « livre-tapisserie » sur la tenture de L’Apocalypse du château d’Angers.